Quelle pollution pour l’industrie textile ? Analyse de cycle de vie

Lorsque l’on veut s’attaquer à l’impact environnemental d’un vêtement, il est indispensable de comprendre quels sont les grands facteurs d’impact mais aussi quelle est la réalité du terrain à chaque étape de la fabrication, de son usage et de sa fin de vie.

C’est un sujet complexe car être capable de calculer un ACV est une chose (pas si simple – nous allons y revenir). Mais se contenter de rester derrière un tableau excel ne résoudra jamais aucun problème. Faire mieux implique d’être sur le terrain au contact de ceux qui font, qui ont les compétences et avec qui on peut réfléchir ensemble à faire mieux.

Actuellement, beaucoup considèrent que pour être « green », il faut utiliser des matières recyclées… Evidemment, il s’agit d’une piste d’avenir mais ce n’est qu’une des solutions au problème, pour plusieurs raisons :

  1. Il s’agit effectivement d’un enjeu majeur de notre décennie. Mais à l’heure où on se parle il n’existe pas de filières circulaires opérationnelles en Europe capable de traiter des volumes importants de manière suffisamment optimisée pour être économiquement viable et apportant un bon niveau de qualité. De nombreuses initiatives sont engagées que ce soit sur le recyclage mécanique ou le recyclage en chimie propre mais il va falloir encore patienter.
  2. Recycler des matières potentiellement toxiques n’a pas de sens sauf si on est en mesure de traiter le problème durant le processus de recyclage, sachant que ce même processus doit être évidemment clean.
  3. Des usines de bouteilles plastiques se sont montées en Chine pour réutiliser ces bouteilles neuves et en faire un fil polyester recyclé ! Donc lorsqu’on choisit une matière recyclée, il est indispensable de tracer la filière et identifier les procédés utilisés.
  4. Aujourd’hui, plus de 95% des produits textiles vendus sont fabriqués avec des matières « vierges ». Donc si on veut vraiment s’occuper du problème, il faut en PRIORITE s’occuper de l’impact des matières 1ères.
  5. Dans tous les cas, les besoins de matières 1ères vierges resteront énormes même si les filières circulaires se développent.

Comment mesurer la pollution textile ? que signifie ACV ?

Si on se réfère à la définition de l’Ademe, l’analyse du cycle de vie (ACV) recense et quantifie, tout au long de la vie des produits, les flux physiques de matière et d’énergie associés aux activités humaines. Cette méthode a été normalisée au travers de la norme ISO 14040 et 14044.

de l’Union Européenne). Il doit donc permettre de mesurer l’empreinte environnementale à toutes les étapes de la vie du produit sur les différents indicateurs d’impact en particulier les 3 principaux que sont :

  • Le changement climatique
  • L’eutrophisation de l’eau douce
  • L’utilisation des ressources fossiles
Analyse Cycle de Vie Footbridge

credit : Footbridge

L’analyse du Cycle de Vie permet donc d’identifier à quel moment de la chaine un produit est le plus polluant en fonction des matériaux utilisés, de ses méthodes et lieux de fabrication mais aussi du nombre de lavage après l’avoir acheté ou de la gestion de sa fin de vie.

L’ACV répond donc à un protocole normé permettant de comparer les résultats d’un produit à un autre (et d’une marque à une autre). Tous les acteurs qui communiquent sur une Analyse de Cycle de Vie sont donc sensés utiliser un protocole semblable pour garantir la véracité des informations aux consommateurs.

Le périmètre ci-dessous décrit les étapes prises en compte lors de l’étude

Facteurs dimpact

Credit : Footbridge

Exemple d’un calcul ACV d’une gigoteuse portée et lavée 30 fois (unité fonctionnelle)

ACV ressources fossiles Footbridge

credit : Footbridge

ACV eutrophisation Footbridge

Credit : Footbridge

ACV eutrophisation Footbridge 1

Credit : Footbridge

Les 3 facteurs d’impact sont mesurés sur L’ensemble du cycle de vie du produit, allant de la conception à sa fin de vie en passant par la distribution et son utilisation.

FOOTBRIDGE permet également de mesurer sur ces 3 facteurs d’impact la différence avec le même produit témoin (le calcul ACV du produit témoin est réalisé à partir d’une moyenne de référence de la production mondiale).

resultat ACV Footbridge 1

Réalisé par la plateforme Footbridge

Au-delà de la norme, il est impératif que l’ACV puisse donner une image juste de l’impact d’un produit. La condition à cela est de pouvoir s’appuyer sur des données fiables et précises. Or ce n’est pas toujours le cas.

Pour exemple, un Tshirt en coton conventionnel (culture la plus polluante au monde) et le même Tshirt en coton biologique certifié GOTS et FLOCERT de bout en bout ont un impact environnemental et social diamétralement opposé.

Dans ce cas, l’ACV – et donc le processus de calcul – doit permettre de montrer précisément la différence entre ces 2 produits. Dans le cas contraire, les conséquences seraient désastreuses pour le développement durable de notre industrie textile.

130 milliards de vêtements sont consommés chaque année dans le monde

L’eco-conception doit donc s’appuyer sur plusieurs éléments. L’ACV est une aide à la compréhension des enjeux pour chaque type de produit, mais ce n’est pas le seul et dans tous les cas, ce n’est qu’une étape dans une démarche d’éco-conception.

Comme évoqué dans un prédécent article – L’éco-conception : possibilité ou nécessité ? -, l’eco-design c’est d’abord du bon sens. C’est aussi des compétences que l’on acquiert en se posant les bonnes questions et en allant au fond des choses. Il faut avoir beaucoup d’exigence pour obtenir les réponses à toutes les questions et beaucoup d’énergie pour changer ce qui ne va pas.

La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui tout est beaucoup plus simple car tout le monde s’y met. L’effet d’entrainement est massif et oblige tous les acteurs à se remettre en cause.

Sur certains aspects et pour certains produits, les différentes étapes de fabrication ne sont pas les seules concernées. Le citoyen qui porte le produit, le lave, le sèche… peut être une source importante de l’impact de ce même produit. De la même manière, acheter un produit de mauvaise qualité que l’on va jeter rapidement est un choix de consommation qui a des répercussions directes sur notre environnement.

Nous sommes tous concernés

Les marques et les industriels peuvent donc agir ensemble pour réduire l’impact. Si tous les acteurs de la chaine s’engagent à repenser leur modèle et à faire les bons choix, notre industrie peut devenir vertueuse en réduisant drastiquement son bilan carbone et les pollutions en tout genre.

L’équivalent d’une benne de vêtements est jetée chaque seconde dans le monde.

Le mouvement est en marche. Il a mis beaucoup de temps mais il est enfin engagé et il s’accélère rapidement. Chez GOOD FABRIC, nous voyons les volontés s’afficher et les progrès avancer chaque jour.

Pas d’ACV vérifiée si pas de traçabilité de bout en bout

Cependant, pour pouvoir véritablement mesurer le cout environnemental d’un vêtement, il n’est pas sérieux de se contenter de prendre uniquement des valeurs par défaut dans des bases de données sans se préoccuper de ce qui se passe réellement, par exemple chez un filateur ou chez le teinturier qui a réalisé l’impression.

Car entre deux teintureries dans un même pays, la 1ère qui utilise l’électricité d’une centrale à charbon et qui rejette ces eaux toxiques dans le ruisseau derrière l’usine, et la 2ème qui a posé des panneaux photovoltaïques sur le toit de l’usine, qui est certifiée GOTS et qui retraite parfaitement ses eaux, c’est bien sur le jour et la nuit !

Or, si on ne se réfère qu’aux valeurs par défaut des bases de données sans se préoccuper de ce qui se passe réellement dans les usines, il est impossible de réaliser un calcul d’impact juste et pertinent. Pour cela, il est indispensable de connaitre l’ensemble des acteurs de sa filière… et de bien les choisir.

C’est toute la difficulté de l’exercice, car il y a souvent un gouffre entre la théorie et la vraie vie. Et ceci peut avoir pour conséquence d’induire en erreur l’information portée aux consommateurs.

ACV, affichage environnemental, quelle différence ?

L’affichage environnemental tout le monde en parle mais personne ne sait ce que c’est ! c’est normal puisque cette règlementation liée à la loi AGEC et qui s’appliquera à tout produit textile n’est pas encore définie. Il s’agit de mettre une note (ou plutôt une lettre A, B, C, D ou E) en fonction de l’impact environnemental comme on peut le connaitre sur les produits alimentaires pour définir la qualité nutritionnelle.

Outre la question des critères qui seront retenus pour définir ce qu’est un vêtement « eco-responsable » ou pas, le sujet est très sensible car vouloir simplifier à l’extrême un sujet complexe peut avoir des conséquences imprévues voir contraires à l’objectif initial.

ACV et affichage environnemental sont des notions voisines mais qu’il ne faut pas confondre. Ils utilisent la même méthode et le même procédé de calcul. L’ACV mesure les différents impacts du produit du champ de coton à sa fin de vie lorsque l’affichage environnemental donnera au consommateur une note en s’appuyant sur la comparaison entre l’impact de ce produit et la moyenne d’impact des produits similaires.

L’analyse du cycle de vie est donc utile dans l’éco-conception du produit, c’est-à-dire pour les équipes qui le créent et le développent.

Être capable de communiquer la véritable histoire de son produit. Expliquer où et dans quelles conditions il a été fabriqué de bout en bout est la seule condition qui permette véritablement de maitriser sa communication produit et d’apporter la transparence au consommateur.

Les marques qui arriveront à cet objectif seront les prochains leaders de leur marché.

no planet B

credit photo : Christophe Simon/AFP

En attendant, il faut avancer dans cette démarche exigeante car c’est la seule voie possible pour les marques qui veulent véritablement s’engager et ne pas être dans le greenwashing. Il s’agit d’un travail de longue haleine en procédant par étape, en se concentrant d’abord par les principales filières.

Mettre en place une véritable traçabilité en responsabilisant chaque acteur de la chaine sur les données qu’il communique et en les contrôlant permet de ne plus se contenter de belles déclarations sans réellement savoir.

Les allégations doivent être vérifiées. D’où vient la matière, dans quelles conditions a-t-elle été produite ?

Peut-on ignorer l’impact social ?

Autre sujet, est-il possible de se préoccuper de l’environnement sans se préoccuper de l’humain ? Evidemment non (en tout cas de notre point de vue) ! Alors pourquoi la loi Agec sur l’affichage… environnemental ne prendra pas en compte les conditions de travail sur les filières de production ?

Certains nous diront que l’on ne peut pas tout faire. Il faut savoir choisir ses combats mais tout le monde ou presque est d’accord pour considérer que l’on doit veiller aux bonnes conditions sociales lors de la fabrication de ses collections. C’est d’autant plus un élément critique que le risque réputationnel d’une marque porte d’abord sur le respect des travailleurs. Les différents scandales humanitaires que notre industrie a pu connaitre et le risque de boycott, en particulier des nouvelles générations, mettent les donneurs d’ordre face à leurs responsabilités.

Pour cela, il est indispensable de connaitre ses fournisseurs, et pas seulement les confectionneurs. La aussi, le sujet est particulièrement complexe car garantir de bonnes conditions de travail est une évidence mais ces conditions de travail n’ont pas la même signification que l’on soit en France, au Portugal ou au Bangladesh. Veiller à l’application des règles du droit du travail définies par l’OIT est un socle minimum.

La responsabilité d’une marque est engagée pas uniquement sur le rang 1 mais sur l’ensemble de la chaine.

  • Dans quelles conditions de sécurité sont manipulés les produits chimiques dans les teintureries ?
  • Comment sont retraitées les eaux pour éviter l’empoisonnement des villages voisins ?

Teinturerie Bangladesh

Voici quelques exemples qui démontrent que de réaliser un audit social de l’usine de confection (par un auditeur local) est très insuffisant pour garantir de bonnes conditions de travail.

D’autre part, lorsqu’on évoque la question du bien être animal à un éleveur nomade en Mongolie. Il ne comprend, tout simplement, pas la question. Ses animaux font partis de sa famille. Pour lui, il est impensable de mal traiter ses chèvres. Elles sont une condition de survie de sa famille dans un environnement très hostile, particulièrement en hiver.

Evidemment, la question de la maltraitance animale est un sujet qu’il faut combattre partout dans le monde. Mais il n’est pas possible de considérer que c’est un problème généralisé. De la même manière, il existe, dans tous les pays, de nombreuses très belles usines qui portent un intérêt prioritaire à la qualité de vie de leurs ouvriers. A l’inverse, les mauvais exemples existent y compris en France.

 

En résumé, lorsqu’on veut réduire l’empreinte environnementale d’un vêtement et qu’on détaille tous ses facteurs polluants, on peut finir par avoir mal à la tête. Il faut alors d’abord se concentrer sur les fondamentaux pour cranter sa démarche de progrès :

  • Fabriquer un produit de qualité qui va durer longtemps
  • Utiliser des vraies matières responsables, certifiées et tracées
  • Garantir la non-toxicité des produits et la sécurité des ouvriers
  • Réduire drastiquement les GES et les éléments polluants dans l’air et l’eau

Pour les marques qui possèdent de nombreux fournisseurs, il est indispensable d’utiliser, en parallèle d’une connaissance approfondie de ses filières, des outils permettant de structurer et de piloter efficacement l’éco-conception de leurs collections.

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Sources

https://www.goodfabric.fr/laffichage-environnemental-pour-le-textile-est-ce-une-si-bonne-idee

https://www.ademe.fr/expertises/consommer-autrement/passer-a-laction/dossier/lanalyse-cycle-vie/quest-lacv